Critique théâtrale: Rosa la Rouge, Marcial di Fonzo Bo et Claire Diterzi

Derrière un voile apparaît la scène évoquant une friche industrielle, une usine désaffectée, ou un chantier. Electro et images de corps huilés s’agitant mécaniquement emplissent la scène où Claire Diterzi et ses musiciens apparaissent. Dès l’abord, Rosa la Rouge, de Marcial de Fonzo Bo surprend : entre néons et estrade en fer rouillé, où va apparaître Rosa Luxemburg, cette petite sainte laïque du Panthéon communiste ? Doctrinaires de tous les pays, préparez-vous !

Comment en effet ne pas être dérouté par cette mise en scène électrique et rock pour évoquer Rosa-la-passionaria, l’égérie du Spartakisme allemand ?

Claire Diterzi, pas trop portée sur la politique en chanson, fait revivre Rosa Luxemburg avec une jubilation qui tranche avec l’image d’Epinal habituelle de la Thérèse d’Avila des prolétaires. Selon Diterzi, « des chansons sur le marxisme, le léninisme, le capitalisme, le prolétariat, le ‘spartakisme’, l’antinationalisme, le bolchévisme, le communisme, etc., ça groove pas des masses ! » et c’est donc une Rosa groovy qui apparaît sur scène, complexe et multiple, contestataire, multiple, mais aussi (et surtout !) femme, se débattant dans une société d’hommes, entre amour et engagement.

Sortant du portrait figé de la révolutionnaire (au grand dam de l’Humanité dont la critique regrette le manque de rigueur de la pièce, déplorant une vision « sentimentalo-romantique »), c’est bien une Rosa Luxemburg complexe, militante révoltée, martyre révolutionnaire mais aussi (et surtout) femme volontaire dans un monde d’hommes. Les chansons de Diterzi, accompagnées de riff de sa « Kalachguitare » et de l’instrumentation dynamique de ses musiciens, prennent le relais des textes extraits de la correspondance de Rosa, lettres de prison et lettres à son amant, Léo Jogiches, ainsi que des extraits de manifestes en forme d’aphorismes, pour actualiser le combat de Rosa ; avec humour, la société actuelle du bonheur par la consommation est dénoncée, sans pour autant transformer le spectacle en pensum alter-quelquechosiste. Le jeu avec la vidéo est pour beaucoup dans ce mélange de légèreté et d’engagement (notamment le clin d’œil au Spartacus de Mann et Kubrick).

Un spectacle complet, à la fois innovant en terme de techniques, profondément jouissif ; un hommage aux révolté-e-s portée par une chanteuse hystérique et complice, qui parvient à rénover un symbole.

Rosa la Rouge, de Marcial Di Fonzo Bo avec Claire Diterzi, au Théâtre Silvia Monfort du 2 au 6 novembre

Florent Marcuzzi

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