Le manifeste

– Prendre acte de la crise globale, en comprendre les raisons

– Adopter une perspective plus large, proposer des solutions créatives

– Le faire en s’ouvrant à différentes approches, différents angles de vue
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A celui qui regarde notre société en face s’impose le constat d’une crise. La crise de notre système économique et des principes qui le sous-tendaient n’en est qu’une des facettes et la plus récente: c’est une crise sociale, écologique, de conscience: une crise globale de civilisation.

Il n’est plus nécessaire d’énumérer ces problèmes tant l’image d’une déliquescence et de dangers croissants est apparente. Parce qu’elle est globale et n’épargne rien, cette crise implique de repenser les fondements de notre société dans sa culture, ses valeurs, les croyances qu’elle entretient. En bref il s’agit d’examiner de manière critique le paradigme dans lequel nous baignons. Celui-ci conditionne notre façon de voir le monde et est à la source des problèmes que nous créons tout comme des solutions que nous tentons d’y apporter.

Pour cela, il est nécessaire de s’arrêter, de se poser et de réfléchir. Il y a un immense travail à faire à tous les plans pour cesser de faire du bricolage et apporter des réponses à la mesure des problèmes. Ceux-ci impliquent de prendre du recul, d’adopter un point de vue global. Comme le disait Einstein, on ne résout pas un problème au niveau auquel on l’a crée. Il ne s’agit pas de retomber dans les vieilles solutions, ni de trouver le nouveau modèle, la nouvelle idéologie ou la solution unique qu’il suffirait d’appliquer mécaniquement.

Il s’agit plutôt d’adopter de manière créative de nouvelles façons de penser, d’aborder les problèmes en prenant conscience que parfois la racine des problèmes et donc leur solution se trouve en nous plutôt qu’à l’extérieur. Il y a donc nécessité de combiner travail sur notre monde intérieur et travail sur le monde extérieur.

Malgré le constat négatif sur notre société et sa mentalité à l’heure actuelle, il faut noter que la conscience du problème qu’il y a à continuer sur cette lancée émerge dans des cercles de plus en plus larges de la société. Il donne parfois lieu à un repli vers les solutions d’un passé idéalisé ou vers des anciennes alternatives ou dans d’autres cas à un pessimisme et à un cynisme propices à l’inaction. Cependant de nombreuses autres personnes ont la foi en la possibilité de création d’une vision positive de l’avenir par la proposition de solutions innovantes.

Cette revue se propose d’apporter à son échelle sa contribution à ce grand travail collectif. Cela signifie proposer des pistes de réflexion pour susciter une ouverture d’esprit et rassembler les outils nécessaires à chacun pour arriver à une vision plus vaste et plus juste. Nous sommes également très attachés à mettre en valeur les porteurs de ces nouvelles solutions en espérant qu’ils pourront en inspirer d’autres.

Nous nous proposons donc d’examiner notre société dans la multiplicité de ses aspects, c’est-à-dire à la fois les institutions étatiques ou non (l’éducation nationale, la prison, la famille etc.) et ce qui relève plus du culturel et de nos comportements en tant que groupes et individus. Ceux-ci reposent, que nous en ayons conscience ou non, sur des croyances et des postulats de base comme par exemple nos idées sur ce qu’est la nature humaine. Il est crucial de les expliciter et de les reformuler pour les comprendre et déterminer si nous considérons qu’il faut les maintenir ou les réévaluer.

Ce qui permet ce travail est la distanciation vis-à-vis de ce qui est présentement et qui de ce fait nous paraît normal et naturel, tout simplement parce que nous n’avons rien connu d’autre. Divers savoirs et sciences nous montrent que ce qui nous parait comme « la » façon de faire n’est qu’une façon de faire. D’autres sociétés ont fait ou font autrement, certains intellectuels ou hommes d’action ont montré qu’il était envisageable de faire autrement. C’est à partir de là que peut s’organiser la réflexion sur ce que nous devrions réformer, révolutionner ou conserver.

La condition est de faire l’effort d’être le plus ouvert d’esprit possible. Nos réflexions sont trop souvent limitées par le cadre étroit de ce qu’on appelle « la pensée unique », c’est-à-dire par ce que les médias, les milieux universitaires, d’affaires ou encore politiques, en bref l’establishment, considère comme acceptable de penser. Cela implique l’acceptation de certains postulats indiscutés et indiscutables qui restreignent de beaucoup le nombre d’opinions autorisées sur un sujet donné. C’est un phénomène dont peu sont conscients, y compris parmi les gardiens de cette pensée unique, mais qui apparaît clairement si d’aventure on remet en cause un de ces postulats. On se retrouve alors confronté au mieux à l’incompréhension et bien souvent à la dérision, l’indignation et la caricature malhonnête. Le tout sans efforts de justifications.

Ce phénomène, qui entraîne l’autocensure ou la censure pure et simple des idées est un frein à l’intelligence, à l’imagination créative et à l’innovation. Elle pousse notre société au conformisme, à la stagnation intellectuelle et en définitive tue toute opportunité de changement. Nos paradigmes intellectuels se retrouvent alors en retard considérables sur le monde qui lui évolue de manière rapide : nous sommes alors aveuglés d’une manière qui serait incompréhensible pour un observateur extérieur ou du futur. C’est l’expression d’une profonde résistance à la remise en question et à la reconnaissance des erreurs et des vues étroites que l’on a pu entretenir par le passé.

Le fait qu’aucune pensée ne doit être censurée à priori ne diminue en rien le fait que toute proposition doit être examinée avec rigueur, d’un point de vue le plus pragmatique possible en essayant de mettre au jour ses propres postulats de base. A ce propos, il apparaîtra parfois nécessaire de s’appuyer sur une compréhension la plus juste possible de la nature humaine, en comprenant qu’on ne peut analyser celle-ci de manière simple (« Untel ou l’Humanité est bonne/mauvaise»). Nous sommes un composé complexe de plusieurs facettes et de plusieurs dimensions qui sont autant de leviers qui peuvent expliquer nos comportements. Cet aspect est souvent négligé. Nous avons tendance à considérer qu’il suffit d’agir sur les aspects extérieurs du monde (les lois, l’équilibre des forces etc.) pour le changer en négligeant ses acteurs qui sont des individus dotés d’une conscience. C’est l’agrégation de ces consciences individuelles qui forme la conscience collective.

Pour accompagner l’évolution de cette conscience collective, notre travail ne se restreindra pas à un seul aspect comme le social ou la politique mais tentera au contraire d’adopter une perspective la plus large possible parce que notre vie est un tout. De la même manière, nous ne le traiterons pas sous un unique angle qu’il soit journalistique, sociologique ou autre mais nous nous efforcerons de faire place à différentes approches, différentes portes d’entrée comme par exemple des approches spirituelles.

Pour finir, notre souhait est que nous soyons nombreux à construire ce projet pour que les talents et les sensibilités individuelles s’expriment à travers ce projet collectif. Cette initiative est donc ouverte à tous ceux qui ont le désir de chercher avec nous pour construire cette nouvelle vision. Aujourd’hui plus que jamais nous avons besoin que les personnes animées par un tel désir se rassemblent et collaborent de la manière qu’ils jugent la plus appropriée pour avoir une chance de faire émerger cet avenir qu’il reste à inventer. Cette revue entend modestement apporter sa contribution et constituer un premier point de passage(s) pour la génération de demain.

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